Organisation du travail en milieu hospitalier et en EHPAD

Organisation du travail en milieu hospitalier et en EHPAD

Le personnel soignant médical ou paramédical, qu’il exerce en hôpital, en clinique ou dans des structures médicalisées comme des EHPAD fait l’objet, depuis quelques années déjà, de débats houleux notamment sur les conditions de travail éreintantes que vivent ces derniers. Pour preuve, l’ONI – Ordre national des infirmiers – a publié en mars 2018 les résultats d’un sondage réalisé auprès de 18 653 infirmiers révélant que 63 % d’entre eux souffraient d’épuisement professionnel. L’autre moitié affirme, quant à elle, être très souvent « à bout ». Pour comprendre les facteurs à l’origine de cette souffrance généralisée, il est nécessaire d’évoquer les différents aspects du travail des soignants : rythme et intensité, proximité avec la douleur, la maladie, la mort, les restrictions budgétaires, etc., sujets traités à travers notre article.

Une organisation du temps de travail difficile dans le secteur médical

Il apparaît que la singularité et les impératifs de l’organisation du travail au sein des secteurs médicaux et paramédicaux font défaut dans la majorité des structures médicales publiques et privées. C’est pourquoi certains cabinets spécialisés réalisent des audits permettant d’analyser et optimiser l’organisation du travail des soignants, comme les experts d’Abaq Conseil. Ils réalisent un état des lieux des conditions de travail, dans l’optique d’améliorer tant la situation du soignant que celle du patient.

Pour approfondir davantage le sujet de l’organisation du travail à l’hôpital, le Ministère des Solidarités et de la Santé, à travers son périodique Études et Résultats publié par la DREES, dresse un constat exhaustif sur la situation des soignants et en particulier sur les contraintes horaires.

La DREES – Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques – a publié un document fondamental relatant les emplois du temps du personnel soignant et surtout des infirmiers exerçant en hôpital (notez que si l’étude porte majoritairement sur les infirmiers, il n’en reste pas moins que ces données concernent la plupart des soignants, quels qu’ils soient).

Le rapport souligne, dans un premier temps, des horaires de travail atypiques et variables selon les services. Prenons par exemple les unités de surveillance continue : ces dernières sont dans l’obligation de répartir les périodes en plusieurs postes pour assurer leur service – dans la plupart des cas, les journées sont découpées en 8 heures, mais la tendance actuelle semble davantage privilégier des journées de 12 heures.

Mais les difficultés s’accentuent dès lors qu’un seul soignant s’absente temporairement, que ce soit pour raisons de santé ou du fait d’un accident du travail. Contrairement à d’autres secteurs, l’absentéisme en milieu médical cause d’importants bouleversements organisationnels et peut modifier totalement la charge de travail d’un service tout entier.

Le roulement du personnel amène certains soignants à subir des rythmes de travail irréguliers d’une semaine à une autre, le matin, la nuit ou en alternance : après-midi/soirée, soirée/nuit, etc. Cette organisation pose naturellement des difficultés pour concilier vie professionnelle et vie personnelle, ce qui est d’autant plus vrai lorsque les soignants vivent seuls avec un ou des enfants ou que le conjoint effectue lui aussi des horaires décalés.

Une pénibilité accrue du personnel soignant

Le travail des soignants est jugé pénible tant sur le plan physique que moral. Le soignant est confronté chaque jour à réaliser de nombreuses tâches physiques comme de la manutention de personnes malades ou dépendantes, la station debout prolongée, les mouvements répétitifs, les allées et venues en continu, etc.

En conséquence, la plupart des soignants se plaignent de maux de dos chroniques après quelques années d’exercice seulement. Le manque de moyens tant sur le plan matériel que sur le plan humain sollicite davantage le personnel soignant qui se voit, en prime, régulièrement interrompu pour répondre aux besoins émis par les patients tout au long de leur journée.

Dans de telles circonstances, ils sont contraints de pratiquer leur travail dans la précipitation et dans le stress le plus total. Ce n’est pas sans conséquence, puisqu’un fort sentiment de frustration ressort de la part des professionnels de santé qui n’ont pas la possibilité de « bien faire les choses », et ces situations agissent comme un cercle vicieux qui en plus de dégrader les conditions de travail des soignants, anéantit la relation des patients avec eux.

C’est pourquoi la création d’outils permettant de réorganiser le travail des soignants au service du patient s’avère nécessaire.

La proximité avec la souffrance

Le personnel soignant au sein des EHPAD en particulier est quotidiennement en contact avec la douleur, la souffrance, la maladie et parfois la mort. Ces situations de travail particulières peuvent, lorsque l’on est mal préparé, conduire au burn-out.

L’empathie envers les patients n’est pas toujours utilisée de la bonne manière, de sorte que lorsque le patient souffre, le soignant souffre lui aussi. Cette barrière, une fois franchie, mène inéluctablement ce dernier vers des conflits moraux et un sentiment progressif d’impuissance. Ce sentiment entache ses forces et sa capacité à rassurer et encourager le patient dans le combat contre sa maladie.

Les soignants se sentent délaissés par les politiques successives, qui semblent surtout justifier un fort besoin de rentabilité des structures de soins. Cela entraîne notamment des conditions de travail difficiles, les empêchant de prendre « correctement » en charge les patients. La réalité du travail détruit les valeurs pour lesquelles ils s’étaient engagés initialement : la prise en charge des patients est bâclée, la communication et la prise en compte de l’humain limitées. Ce sentiment de « mal faire son travail » conduit inévitablement au mal-être de toute une profession.

Côtoyer la maladie tous les jours et la mort peut, dans une certaine mesure, exposer les soignants à de fortes pressions émotionnelles. Le manque de considération et d’accompagnement du personnel de santé dans ces situations traumatisantes accentue le malaise général. Cela est d’autant plus vrai lorsque l’organisation du travail à l’hôpital est chaotique, que les journées sont intenses et que les moyens sont réduits d’année en année.

Pour conclure, le malaise du personnel soignant, médical et paramédical, revêt différentes formes. Selon une étude publiée en novembre 2017 par la DREES, le personnel de santé est plus sujet aux arrêts maladie que n’importe quel autre secteur. Aujourd’hui, plus d’un quart des soignants a songé au cours de sa carrière à se suicider, ce qui est inadmissible. Comment un personnel lui-même malade de stress et maltraité peut-il être capable de bien soigner ?